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Antigone Desiderata

En laissant mon âme au vestiaire, j’ai abandonné mon futur aux firmaments. Mars aurait dû sonner, Diane ressusciter, Jupiter s’en moquait. Je n’ai pas touché l’épée de glace, je n’ai pas mérité le givre et la flagellation par les grêles. Frêle, certes, était l’espoir. J’ai trahi ce que j’étais et les montagnes ont cédé.  La tornade s’est posée au-dessus de ma tête comme un troisième œil en furie ! J’ai eu beau crier grâce, rien n’a répondu. J’ai pleuré, ça je ne peux le cacher. J’ai versé des larmes de sang et de lave. Il a pourtant fallu réanimer les braises la nuit durant, comme un fou pour Carnaval. Les mots sont la seule arme que j’ai jamais trouvée. Je survivrai à tout ce qui se présente comme je l’ai toujours fait.

Aux printemps dévastés,

aux naissances des destinées,

à la pluie,

aux épreuves et à la nuit.

 

Comment ai-je pu en arriver là ? Au soir d’un printemps dévasté, les oiseaux chantent que c’est ma destinée. Il fallait braver les pouvoirs mal placés, les abus déguisés. La route est noire, rien ne semblait l’éclairer jamais. J’ai tout donné pour un sourire, quelques mots flatteurs et ma compassion. Je serais mort si en moi ne résistait la part meilleure.

 

“Tomorrow we enter the town of my birth
I want to be ready”

The celebration of the lizard, The Doors

Tu et moi, sans en faire tout un plat

Tu es si étranger à ce monde qui s’oublie, à ces automates modèle nouveau siècle, série illimitée, tout dans les apparats, rien dans le cœur, Dolce vital, des C entrelacés sur une laisse dorée.

Tu ne lis pas, tu ne surfes pas, tu ne tomberas jamais sur ces mots par hasard. Tu te moques de ces égos surdimensionnés qui s’effritent sur des feuilles, une toile, du vinyle, des rouleaux molletonnés, tout ce qu’ils peuvent trouver pour intéresser, tu es si peu enclin à ces velléités wannabe « Aime-moi – Donne-moi – Baise-moii – Achète-MOI – Brule-MOI !- Tue-MOI !!! – Fais-moi ce que tu veux mais surtout, je t’en prie, n’oublie jamais mon nom, que j’en ai un, moi, CAPITAL et qui brillera un jour au firmament du sublime néant ».

Tu es si différent de MOI.

Je ne sais pas si c’est grave, je ne sais pas si c’est toi. Et puis, j’y pense encore, c’est vrai, je n’ai rien oublié de ces désirs flingués. On s’en fout, s’il te plait, on s’en fout, non ? Fais-moi seulement entendre qu’aucun mot n’est utile pour se parler vraiment.

C’est là-bas que je vais, je suis parti là bas et demain j’y serai, moi, tu ne m’en empêcheras pas, plus personne, jamais, entre je et ce vœu. Tu n’essaierais même pas, tu serais plutôt du genre qui m’encourage à acheter cette poupée si son visage me plait.

Pourquoi je dis ça et pourquoi je l’écris ? Je sais ton existence depuis quelques treize heures, quarante-six minutes, trente deux secondes et des pulsations.

Zoom arrière, bougie noire, dans la salle, souffle court, spectateur indocile qui cherche des raisons de sacrifier l’espoir.

 

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113, les princes de la ville

 

« Si je peux me permettre

Qu’ils aillent s’faire mettre »

Les marginaux

 

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- Je ne t’ai pas vu depuis novembre ou décembre. Je te croyais parti… En fait, je m’inquiétais pour toi.

J’essaie d’ouvrir mes récepteurs un peu plus, à la recherche d’une preuve de son hypocrisie mais je ne sens rien de particulier. Je suis surpris, je l’étais déjà de sa manière de m’aborder, de me sourire et d’aller jusqu’à se rappeler mon prénom.

Une personne confiante n’y verrait rien de si extraordinaire, après tout nous avons passé plusieurs soirées à discuter ensemble dans ce jardin. Il faisait tourner un joint et, nous marchions dans ces allées sombres, la nuit entière, comme des monarques décadents pendant que les ombres continuaient leur manège un peu plus loin.

Ce soir, nous restons sur ce banc à les regarder passer en discutant. Il y a bien ce garçon à la chemise blanche que je n’avais jamais croisé et qui chatouille mon intérêt mais je n’ai pas envie d’interrompre ma conversation. Moi qui me plains toujours du manque de chaleur humaine dans ces endroits, je savoure la présence de Sam. Je m’en voudrais si je coupais court à notre échange pour un nouveau corps à corps sans partage. Chemise blanche reviendra bien, un soir de fission interne, quand le feu est si intense qu’il vous donne le courage d’affronter le froid glacial de ces allées.

Je n’avais jamais remarqué que Sam fumait autant. Depuis qu’on a commencé à discuter, il éteint une cigarette pour en allumer une autre. Dans la pénombre mes traits s’étirent encore un peu et, pied de nez de la lune scintillante, Sam a du voir mon regard posé sur sa cigarette car il m’en propose une.

Je m’entends bien avec lui. Nous sommes deux ovnis dans la Maison gay limougeaude. Il se revendique comme marginal. Je ne m’étais jamais vraiment envisagé de la sorte, c’est un mot si fort et si négatif, je me voyais plutôt comme un étranger ou un Alien, ce qui me semble plus acceptable, mais n’a-t-il pas raison ?

Un chômeur qui ne veut pas travailler, qui gribouille des mots mais n’a même pas la volonté de s’y atteler complètement. Marginal, l’idée pourrait finalement me plaire, c’est assez glamour.

Je ne me sens pas complètement à l’aise ce soir, assis à côté de Sam. Sans tabac, sans joint, mes nerfs sont tendus comme les cordes d’une guitare électrique. Je ne dors plus que d’un sommeil de plume, deux ou trois heures par nuit, je le lui dis et il me répond qu’en effet, j’ai l’air fatigué. Ca m’angoisse, j’ai de plus en plus peur de vieillir et je suis persuadé que le manque de sommeil va accélérer le processus et ravager mon visage prématurément. Qu’est-ce que je deviendrais si (quand) dans ces chambres froides, je n’arrive plus à plaire, si je n’ai même plus cette infime consolation ?

Les heures passent, nous parlons Karma, pacifisme, amours perdus, hypersensibilité handicapante, musique, tous les sujets que l’incohérence enchaîne. Chemise blanche est acharné, il passe devant notre banc toutes les dix minutes en tournant invariablement la tête pour me jeter un œil. Je me concentre pour lui envoyer un message télépathique.

Tu es très séduisant.

Une autre fois.

Avec plaisir.

Sam me dit qu’il n’a que des amis hétéros et ce soir, c’est notre première différence affichée. Je me rends compte qu’il n’y a plus que des homos dans mes fréquentations et subitement je me sens banal. Est-ce que j’ai l’air d’une énième dinde ? Non, certainement non, d’ailleurs cette homosexualité, c’est aussi ce que Sam doit venir chercher chez moi. Je suis comme ses amis, différent de la masse mais j’ai ce petit truc qui me rapproche encore de lui. Il doit avoir besoin d’un ami qui comprend ses particularismes gais. De mon côté j’ai peut-être besoin de quelqu’un qui partage ma « marginalité ».

Alors, avant qu’on se quitte, vers 5 h du matin, il accepte mon numéro de téléphone et j’enregistre le sien.

Amis. Pourquoi pas ?

Quand je rentre chez moi, le jour est en train de se lever sur la ville cellule. Je me sens bien. Depuis que j’ai repris le récit de moi-même sur cette page, les barreaux s’écartent, écrire a des vertus magiques. En pensant à la fourmilière qui investira bientôt les trottoirs, je réalise à quel point j’aime ma vie, comme j’aimerais que dure cette soi-disant inactivité. Ces derniers jours, j’enchaîne les invitations à diner, je rencontre des gens, je bronze, je flâne, je papillonne… Je me sens si bien. Peut-être manque-t-il quelqu’un mais …

Oh mon Dieu… non ? Est-ce que c’est ça … être heureux ???!

Midinette qui roule …

 

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C’est la nuit, dehors il fait froid, il tombe du ciel des crachats blanchâtres et entre deux quintes, je rumine mon absence de talent.

Ce qu’on aime c’est mon âme, on pourrait dire que c’est déjà beaucoup. On peut peut-être même le penser un jour de soleil. (« Fais un effort Joaquim, je te sens sur la mauvaise pente ce soir – Mais ta gueuuuuule !!! »). Seulement, être moi ne nécessite rien, je suis moi comme je respire…

Mon physique aussi plait parfois, un rien animal, ma petite gueule de méandres tortueux, quelque chose de diabolique dans le regard 37 b.

Il y a ce garçon-moi d’il y a deux ans, un fantôme sous psychotropes qui passe l’après midi à me dire dans une haleine d’alcool, lancinant :

- Tu es beau. Tu es si beau. Comment fais tu pour être aussi beau ? Tu es beau c’est incroyable. Ce que tu peux être beau …

Je suis mal à l’aise, je lui dis d’arrêter, vraiment ça me met mal à l’aise. Mais qu’est ce que je vais devenir quand il ne sera plus là pour le dire ? Qui me fera entendre encore de telles choses, incapable que je suis de les imprimer dans ma cervelle retorse ?

Je suis dans un lit, est-ce le mien ? Je suis sous un saule pleureur. Je suis dans un lit, est-ce ma couette qui sent cet adoucissant ? Je suis une midinette qui s’oublie dans des toilettes toujours aussi dégueulasses. Je suis dans un lit qui sent le MinidouTM à la pèche.

Qu’est ce qu’il veut, lui ? Il sourit trop pour être honnête. Chinma dirait qu’il va nous la faire à l’envers.

- Entre nous, c’est l’osmose, tu ne trouves pas ?

Quelqu’un a déjà dit ça, il n’y a pas longtemps … Hier ? Non … peut-être la semaine dernière. Si, si ce garçon, …, Gérald ? Non… Geronimo ! Enfin bref, lui aussi se sentait en osmose avec ma personne. Serait-ce assez à propos de le mentionner ?

- Tu aimes ce que je te fais ?

Lui c’est un angoissé, il a beau faire tout ce qu’il peut pour le cacher, ça finit par le dépasser.

Ca m’énerve de lui demander de fumer sa cigarette à la fenêtre… Je me fais l’effet d’être devenu un gros con en quatre semaines sans patch mais qu’est-ce que je peux faire ? Si je sens encore l’odeur de sa fumée, je vais finir par lui en demander une.

Je marche dans la rue, j’ai passé la journée dehors, je file, je dois arrêter de me faire des idées, je ne dois plus penser, le ciel me crache dessus, la solitude se jette sur moi sans prévenir, mon regard meurt, le soleil disparait, je rentre chez moi, j’essaie de sourire au gardien, je passe la porte et mes yeux gouttent le temps d’une chanson.

Etre moi, je voudrais vous y voir.

 

Philip Glass, Truman sleeps (Truman show OST)

 

Georges Michael, Killer/Papa was a rolling stone

 

Dreams are my reality

 

Dreams are my reality dans Je de lumieres dreams

  

- Je ne sais plus si je dois accepter ce poste
- Et qu’est-ce qui te permet de croire que tu vas le décrocher ??!

Chinma doute de tout sauf de lui-même.

Il était clair que j’avais fait bonne impression lors de cet entretien et que Jérôme allait bientôt téléphoner pour me féliciter. Depuis une semaine, j’avais eu le temps de me provoquer une céphalée à réfléchir sans cesse à cette histoire de rêves qu’on ne doit pas perdre de vue. Ce travail me prendrait trop de temps, m’impliquerait trop, je ne voulais plus passer les appels de Jérôme mais j’avais toujours très envie de le revoir. Quand il a finit par rappeler pour m’annoncer la bonne nouvelle d’une voix guillerette, j’ai été traversé par un odieux mélange d’angoisse froide et de bouffées de chaleur. J’ai bredouillé un instant des jéromiades incompréhensibles mais le brun m’a demandé de répéter calmement. Rasséréné par son flegme, j’ai finalement envoyé valdinguer mes hésitations :

- Ecoutez Jérome, j’ai beaucoup pensé à votre annonce mais 35 heures c’est trop pour moi. J’ai d’autres projets et j’ai besoin de temps pour m’y atteler. A moins que vous ne proposiez un mi temps, je vais devoir décliner …

Jérôme a été fidèle à l’idée que j’avais de lui, très compréhensif. Je n’avais pas besoin d’être en visiochat’ pour savoir qu’il souriait des dents quand il m’a souhaité bonne chance et bonne continuation. J’ai pris mon courage à deux mains pour lui dire précipitamment que je le trouvais charmant mais seul le vide intersidéral a entendu ma confession, il avait déjà raccroché.

Tant pis, tant mieux. Une porte qui se ferme c’est au moins une porte qui s’ouvre. Je rebondirai, Chinma ne me connait pas vraiment.

Tête de gondole

 

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D’abord, Chinma dit des conneries, c’est une de ses occupations favorites… J’ai tout simplement fini par découvrir le bon côté des choses.

Ces petits rien, c’est une pomme, un sourire, c’est une rue des possibles. C’est s’asseoir sur un banc après une longue marche et sentir sa tête sans barreau, se rappeler qu’on payait des fortunes pour n’atteindre jamais vraiment cet Etat. C’est sourire en trouvant dans les nuages des formes qui vous disent que vous êtes bien vivant. C’est regarder passer un garçon en se demandant où il va. C’est envisager chacun comme un autre joueur potentiel. C’est écrire et peut-être aimer ça. Cet après midi, c’était un dialogue avec un groupe d’oiseaux noirs qui trouve, je cite, qu’il y a trop de monde dans le coin. Ce soir, c’était une enveloppe trouvée par terre, oubliée par un monsieur qui habitait quelques centaines de mètres plus loin et que j’imagine vieux. Je suis parti à la recherche de sa boîte aux lettres mais je ne l’ai pas trouvée. Mes pérégrinations m’ont amenées dans une ruelle sans numéros et j’ai laissé mon paquet sur le pas d’une porte. En repartant, cette minuscule impasse était devenue Venise, je me demandais si c’était bien la maison du vieillard, j’imaginais sa surprise quand la voisine lui ramènerait ce courrier qu’il croyait disparu à jamais mais qu’un miracle avait déposé sur son paillasson. Moi, ce justicier anonyme, j’étais Amélie Poulain pour de vrai et j’étais bien.

Bien sur les ténèbres reviennent parfois, au fond d’un jardin, quand vous vous relevez pour découvrir une étendue déserte. Vous aimeriez qu’elle disparaisse, c’est samedi et vous avez si bien quitté vos chaînes que vous espérez d’autres escales. Vous ressentez une solitude oppressante en marchant avec le voyageur insistant qui ne comprend pas un mot de votre langage. Puis, d’un coup vous passez votre chemin pour attendre un bateau qui tarde à arriver. Vous vous demandez si c’est le retour définitif de la nuit. Ca vous dure une heure à marcher de long en large, accablé. Enfin, le port se remplit et vous reprenez la route, toujours seul mais confiant.

A l’aube, alors que vous rentrez, vous retrouvez les petits tout quand vos yeux rencontrent, sur la porte d’un bar, une affichette dont la démagogie vous fait sourire. Ces petits bonheurs sont bien difficiles à dire, ils sont si singuliers mais de toute façon il est impossible de débattre avec Chinma. Il n’a de considération que pour ce qui sort de sa bouche, que ce soit ses propres phrases ou les mots de ceux qui le confortent dans la certitude que ce monde est nauséeux.

Il ressemble un peu au vieillard que j’étais.
 

u2 & Luciano Pavarotti, Miss Sarajevo, une perle

  

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Friture

 

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- Regarde ce soleil, c’est magnifique ! Je me sens vraiment mieux quand le temps est lumineux.

- Maintenant, c’est le soleil…

- Qu’est ce que tu veux dire ?!

- Tout à l’heure c’était le mec en short, maintenant c’est le soleil. Ton nouveau crédo c’est la positivité ?!! Pour quelqu’un qui s’est vautré dans le dégout si souvent…

- Tu préfèrerais que j’en sois toujours là ?

- Ce que je dis c’est que ça ressemble à du marketing de proximité !

- Ecoute Chinma, la positivité est peut-être mon nouveau crédo mais crois-moi, elle est bien plus agréable à porter et à vivre que la désespérance. En plus, elle donne des vacances aux autres.

Silence hostile.
  


Chenoa, todo ira bien (probablement dispensable mais si agréable)

Costume ch plan tel avec disciple hot and horny

 

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(version multilingue)

Lui, je l’ai rencontré il y a quelques jours, grâce ou a cause d’une annonce sur internet. Je manque parfois tellement d’originalité.

Il regarde le mauvais cliché que je lui ai envoyée, une main dans son pantalon.

- Tu as de l’expérience ? Au fait, on se tutoie, si ça ne t’embête pas.
- Oui..…nnon. Enfin, oui j’en ai pas mal. Je l’ai déjà fait pour un groupe y a quelques temps.
- Et tu es doué ?
- Oui, je pense. J’ai du savoir faire maintenant, je me débrouille bien.

Il garde les yeux fixés sur son écran, à parcourir ma petite personne et je me sens de plus en plus mal à l’aise.

- Joli trou, là !

Il sort la main de sa poche pour me montrer. Je suis au bord de l’implosion. Je serre les bras un peu plus contre moi pour qu’il ne voit pas à quel point mes aisselles transpirent. Je n’ai jamais vraiment su mentir pendant les entretiens et je ne vois pas comment justifier ce vide de deux ans dans mon curriculum. Avant ce rendez-vous précipité, j’ai cherché une réponse pendant des heures sans rien trouver qui puisse sembler crédible.

- J’ai du faire une longue pause pour travailler sur moi, me reconstruire. Maintenant je suis prêt à m’investir !

La vérité est encore la meilleure alternative. Je reste vague en développant mais, contre toute attente il me sourit et ça me déconcerte. Il est beau, dire le contraire serait mentir. Dans son costume gris impeccable, on lui donnerait le monde. Quand ses fossettes apparaissent, la pièce s’illumine. Même l’horloge sur le mur penche un peu trop vers lui comme si elle était sous le charme.

- Peux-tu m’en dire plus sur tes qualités professionnelles ?

Je m’en sors en lui servant le laïus qui m’accompagne toujours dans ce genre de rendez-vous, je fais quand même pour lui l’effort de le rendre convaincant. Ce n’est pas évident, il ne m’a pas encore très bien expliqué ce qu’il vend et j’avance à l’aveuglette. J’essaie de mettre en valeur des compétences qui semble répondre à son annonce, somme toute évasive : « Commercial cherche assistant(e) pour prise de rendez-vous téléphonique et petit secrétariat ». J’ai envie de lui dire que je fais très bien le café mais je reste sincère et ça semble lui plaire. Qu’il arrête de sourire ou je vais me mettre à trembler.

- Et tu parles anglais ?
- Yes, I try

Avec cet accent simili, je me sens devenir pétasse. Je reverrai les bases et je me perfectionnerais s’il le faut et puis, je vais regarder des vieux épisodes de Friends. Il me jauge encore puis avance ses lèvres fascinantes pour me dire sur le ton de la confidence qu’il a quelques personnes à rencontrer avant de se décider mais que j’ai l’air parfait pour ce poste et qu’en tout cas, il me rappellera. En entendant ces derniers mots, je me demande si c’est bien moi qui vois le mal partout ou s’il n’était pas vraiment un peu ambigu ? Je ne sais pas, sa voix est devenue chaude le temps d’un clic de l’horloge.

Quand il me raccompagne jusqu’à la porte, je peux enfin le voir de dos et j’ai le vertige devant le panorama.

- Merci de m’avoir reçu……
- Jérôme.

Jérôme sourit des dents en me donnant une poignée de main. Je baisse les yeux et jette un œil habile sur les quelques poils qui courent sous son poignet puis j’attends qu’il ait fermé la porte pour suffoquer.

Je suis très tendu, s’il me prend, ça va être dur. Je m’étais pourtant promis de ne plus jamais travailler dans le télémarketing à cause du stress mais je n’ai plus le choix. Mes allocations de chômeur arrivent à leur terme, le RMI ne me suffirait pas, j’ai besoin d’argent. Et puis, peut-être faudrait-il laisser tomber ces projets d’écriture, ou est-ce que ça me mènerait ? Un ami, avec qui j’ai été odieux, ça devient une tradition, m’avait dit « accepter la réalité c’est permettre à ses rêves de se réaliser » mais moi, mes rêves, des chimères de drogué trop tôt à la Bibliothèque rose.

J’ai vraiment envie de décrocher ce job, revoir sa bouche, je pourrais toujours continuer à me raconter à vous sur ce blog, c’est bien déjà. Ce sera plus simple que de courir après des maisons d’édition avec mon histoire, de chercher des piges de journaux ou des brochures à rédiger pour des offices de tourisme, tout ça par passion de l’écriture et volonté d’y consacrer une vie. L’écriture ? Il faut redescendre. Dans ce bureau carré, trente cinq heures, RTT, il fait chaud et ce n’est pas si mal payé.
Peut-être que c’était des conneries ces histoires de rêves auxquels on doit croire, qu’ils ne se réalisent que dans les contes de fée.

Et puis, entre vous et moi, la littérature m’en sera certainement reconnaissante.

Quoiqu’il en soit, même si j’étais très occupé avec Jérôme, je ne manquerai pas de vous tenir au courant sur cette page rutilante.
Comme vous avez pu le constater, nouveau nom pour une peau fraiche, les fulgurances solaires succèdent à la nuit. A l’époque ou Toxxic, nom ô combien ridicule, était devenu Pollution nocturne, j’avais écrit ici que ce changement patronymique avait encore moins d’intérêt que la métamorphose de Bio en Activia. Je doute que les trois personnes qui lisaient mes photos à cette époque soient dans le coin pour s’en rappeler, donc je le redis, mais là, c’est différent, c’est une révolution vitale…

Dehors j’aperçois le soleil mais il semble que d’années en années je sois toujours un peu amer au début du printemps, je vous laisse donc pour aujourd’hui, avec la nouvelle gagnante du titre Miss Morue d’Avril. C’est la deuxième fois consécutive qu’elle l’emporte, lucky girl. Rendez-vous dans un an pour démentir les légendes.

Say it after me :

Once again, Mariah (prononciate Meuhrillah) wants us to believe she’s always hot and horny. I can joke but I love that, love the mix and I may love that bitch, I’m a simple queen and it’s so gay

 

extrait de Mariah carey, Touch my body (Seamus Haji Mix)

 

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Deviens un peu Meuhrillah chez toi en utilisant Safari pour que cette page soit plus jolie

A moi

A moi mais qui suis-je ?

Suis-je le moi d’aujourd’hui, celui d’il y a vingt ans, le moi de demain ou l’instant qui écrit ? En suis-je un mélange ou ne suis-je rien de tout ça ?

Suis-je le mal-aimable que vous croisez dans une rue sombre un soir de déprime ? Ou celui qui vous sourit au fond d’un jardin en vous poursuivant de ses assiduités ? Suis-je le jeune homme timide et bredouillant qui vous rencontre pour la première fois dans un café ? Celui qui s’affirme quand il est apprivoisé ? Suis-je le garçon qui soulève des montagnes les jours lumineux ou la fille qui reste couchée les heures brisées ? Suis-je misogyne ?

Suis-je quand je suis nu ou suis-je quand je suis habillé ?

Suis-je le gai luron ou bien le déprimé ? Suis-je cette virgule, ou est-ce une erreur de frappe ?

Suis-je cet faute d’orthographe ?

Y avait-il une métaphore quelques lignes plus haut ou ai-je posé ces phrases au hasard ?

Quand je dis hasard, à quelle définition du terme est-ce que je fais référence ? Est-ce que j’admets que le hasard existe ou ai-je choisi de simplifier le lexique ?

Suis-je des mots sélectionnés pour vos yeux à trois heures trente neuf, la correction de quatre heures douze ou le nouvel assemblage de cinq heures moins le quart ? Suis-je ce que je dis ou ce que je tais ? Suis-je une pensée en mouvement ?

Suis-je celui qui écrit, celui qui se gratte les couilles ou celui qui n’est déjà plus là ?

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