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Le retour de Marie-Jeanne

Je n’ai pas menti, je ne mens pas, je me suis emporté, je suis comme ça. J’étais une nouvelle personne. J’avais laissé ma dépouille derrière moi. Je filais sur l’autoroute, à 230[1] au moins, direction « les hauteurs » et je regardais le cirque se réduire au rétro sans le moindre regret. Puis, j’ai croisé Marie-Jeanne, toute sourire, qui rentrait de ses vacances dans une camionnette rose bonbon. Le soleil, invisible auparavant, semblait étinceler depuis sa carrosserie. Quand nos regards se sont trouvés, elle a poussé un cri en me faisant un signe de la main. J’ai pris la première sortie et je l’ai rattrapée.

Pendant presque deux mois, nous ne sommes plus quittés. Dans ses bagages, elle avait ramené l’inspiration, « un cadeau des tropiques » et nous tracions ensemble des lignes incandescentes sur le noir de ma vie. Elle avait tout recouvert chez moi d’un voile de merveilleux, s’était donnée pour mission de m’ouvrir à mon intuition. Elle inventait sans cesse de nouveaux parfums dont elle remplissait les pièces avec minutie. Chaque jour, nous marchions au bord de la rivière main dans la main. Là, sur un banc, les yeux dans l’eau, nous dessinions des bateaux qui nous mènent à bon port. Le ciel en pleurait de nous voir si beaux mais nous n’étions pas touchés, un cortège d’oiseaux-parapluie nous protégeait des gouttes. Quand nous étions las, nous rentrions pour chanter des balades comme des cigales anémiques. Elle disait que toutes les fourmis du monde n’avaient qu’à s’écraser ou qu’elle s’en chargerait. Le soir tombé, elle venait me border, posait son doux sourire sur mon front en murmurant des « mon chaton ». Quand je me réveillais, je la laissais se reposer mais je ne pensais qu’à elle. Je l’attendais, je la voulais.

Pourtant, quand nous sommes devenus routine, il y avait comme un goût de rance dans les fruits de ma passion. Rester près d’elle était tout ce qui me restait d’une motivation mais je n’en comprenais plus la raison. Sa compagnie accentuait la solitude et l’avenir devenait morose. Elle ne laissait de place pour rien ni personne d’autre. Quand j’avais de la visite, il fallait qu’elle soit là. Couchée dans mon lit, entre un garçon et moi, elle me soufflait des scénarios lubriques mais finissait par m’épuiser pour m’avoir tout entier. Elle jurait qu’en le croisant près de ma boîte aux lettres, elle avait lu la haine dans les yeux du voisin. Elle était certaine que quelqu’un nous épiait derrière les buissons. Elle voulait barricader les portes, condamner les fenêtres et couper le téléphone.

« Tu écriras plus tard ! On s’en fout de la vaisselle. Brûle ce fichu courrier et dansons encore ! Profitons-en avant que la foule ne nous condamne au bûcher pour excès d’enthousiasme. »

Je devenais son chien et j’aimerais vous dire que c’est pour être un homme que je l’ai jetée dehors mais c’est elle qui est partie et son sourire me manque. Il y a presque un quart de siècle que je l’aime, elle n’est pas parfaite mais je finis toujours par tout lui pardonner, comment faire autrement ? Elle sait tromper les souffrances, c’est un cadeau de la Providence. Elle jette des couleurs dans la nuit et tapisse le vide avec des étoiles. Elle brille, elle brûle, elle tutoie les dieux comme les diables. Elle réveille les poètes, danse avec les chamanes. Ses pouvoirs sont si grands qu’elle nous enterra tous et déjouera la grisaille en fleurissant nos tombes. Elle est plus forte que moi et quand elle reviendra, dans un an ou dans dix, mes bras seront grand ouverts pour qu’elle me crucifie.

 

 

[1] Tout ça est de la prose (je ne sais même pas conduire), pas une invitation à dépasser les limitations légales. Merci pour les hérissons

 

 

 

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Alanis Morissette, Mary Jane

Et la lumière fut dans la caverne aux merveilles

Dans le doute et les angoisses, ma vie s’était perdue. Je croyais que j’étais monstrueux parce que je ne me retrouvais chez personne. J’ai tellement essayé de partager les passions des autres, j’ai fait semblant, toujours. Différent n’est pas inférieur. Si j’avais été supérieur, j’aurais certainement compris ça tout de suite. Cependant, je ne suis pas loin d’être la plus jolie personne que j’ai rencontrée jusqu’ici, je l’ai réalisé la semaine dernière. Dans sa voiture, pendant que je le confessais, Daniel n’a rien dit, il a souri. Il y a toujours en moi la voix des moribonds qui m’accuse : « complexe de supériorité désordonné » mais quoi ? Ou qui ? Bien sûr, il existe des gens plus accomplis, ils sont sûrement nombreux mais ils ne sont pas sur ma route. M’ont-ils abandonné ?   Est-ce une épreuve ? Depuis le premier cri, je crois, je me suis senti seul. Daniel répondrait que c’est bien ce qu’on est, seul, du début à la fin et même encore après. Je veux dire : seul, comme appartenant à une autre espèce, ne trouvant pas de semblables.

Devenir végétalien a été un cataclysme dans ma vie. C’était un sacrifice désintéressé, quelque chose de profond et définitif, un engagement avec moi-même qui m’a fait me sentir beau pour la première fois. A la même période, j’ai trouvé refuge en une vieille passion, les « expériences de mort imminente ». Elles semblent démontrer une vie après la vie et depuis quelques années, quand je me sens trop proche du gouffre, regarder des vidéos sur le sujet m’aide énormément. Cette fois j’ai lu des dizaines de témoignages puis j’ai enfin trouvé les livres et les informations dont mon esprit avait besoin pour avancer. J’ai dévoré des pages et des pages. Toujours au même moment, mon intuition était moins bloquée sous le fouillis, elle s’est faite plus présente jusqu’à des extases « pythiques » lors de soirées fumettes. Mon âme s’est soudainement ouverte à la métamorphose. Je crois que j’ai commencé à devenir moi et à voir la vie et les autres comme ils sont. Je me suis brouillé avec le peu de personnes qui peuplaient mon existence. J’ai vécu une soirée « biblique » ou une nouvelle Jézabel m’humiliait des heures durant, lançait des piques empoisonnées sur mon végétarisme, se moquait d’animaux morts avec ses autres convives tout en me passant un énième plat de viande. J’ai surpris en mon être une force insoupçonnée. J’ai traversé des nuits supranormales, des insomnies arides. J’ai accouché d’un nouveau moi dans une affliction inhumaine.

La plus grande terreur que j’ai éprouvée au cours de mon existence c’était face à l’idée que ce que nous sommes s’arrête avec la mort de notre corps. Jamais, depuis l’enfance, je ne me suis senti être cette enveloppe, j’ai toujours pensé que j’en étais prisonnier. Celui qui vit cette expérience, la vie, est celui qui peut l’appréhender, sans moi mon corps n’est qu’un véhicule de chair stupide et vain. Imaginer que quand nous mourons, l’esprit s’éteint définitivement, plonge dans le néant, que rien n’en reste, que tout ça, autour de nous n’a aucun sens, qu’il n’y a pas de raison, pas de justice est une idée absolument abominable, proche du vertige métaphysique. Les « expériences de mort imminente » étaient le levier de mon besoin de justification cartésienne, ce qui m’autorisait à envisager sérieusement une persistance de la conscience. Si même des scientifiques étaient forcés d’avouer le trouble, ça méritait question. Comment, des médecins n’ont pas d’autres choix qu’admettre que certains de leurs patients n’étaient pas en mesure d’écouter les conversations qu’ils ont pourtant rapportées par la suite, c’était impossible puisqu’ils étaient cliniquement morts et que leurs corps étaient dans une autre pièce, trop loin de la scène ?  Comment tous ces gens de civilisations différentes, du passé comme du présent pourraient-ils vivre et décrire la même expérience dans les grandes lignes, sans se connaître, sans avoir eu vent auparavant de témoignages similaires, si cette expérience n’était une réalité ? Ça, mes amis, c’est le début de la route que je cherchais. C’est la porte ouverte de la caverne aux merveilles. C’est le moment ou la vie devient intéressante, acceptable et légitime. Que la Lumière fut réellement ou qu’elle ne soit qu’un fantasme pour tous les gens qu’ils l’ont rencontrée, elle m’a aidé à avancer, c’est elle qui m’a porté. Je lui dois tout.

PS : Ne nous méprenons pas, je vomis toujours l’ensemble des religions, c’est la meilleure formulation que je puisse en faire et c’est parti pour durer. Mon chemin est singulier.

 

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Ma superbe

Le fluide s’est répandu en moi. La victime-comédie soudainement dévoilée ne m’a plus inspiré que du mépris. Je ne pourrai me contenter de la mesquinerie de ceux que j’avais pris pour mes semblables. Je m’appelle Liberté. Je rayonne. Par les portes, les fenêtres, les trous de souris, les points-virgules, je me ferai des passages. La lumière ne s’éteint jamais que dans les âmes. La mienne est inondée.

Musique, Maestro

Demain ou un autre jour, ça n’a pas d’importance, Je serai là, je te regarderai, je te jugerai. Ce-soir-là, il n’y aura pas de doute sur les mensonges, les trahisons et les coupables. Je n’offrirai plus rien aux vendeurs de bijoux volés pour amour propre rafistolé. Je serai libre. Dans le vent. Encore.

Aux printemps dévastés,

aux naissances des destinées,

à la pluie,

aux épreuves et à la nuit.

 

Comment ai-je pu en arriver là ? Au soir d’un printemps dévasté, les oiseaux chantent que c’est ma destinée. Il fallait braver les pouvoirs mal placés, les abus déguisés. La route est noire, rien ne semblait l’éclairer jamais. J’ai tout donné pour un sourire, quelques mots flatteurs et ma compassion. Je serais mort si en moi ne résistait la part meilleure.

 

“Tomorrow we enter the town of my birth
I want to be ready”

The celebration of the lizard, The Doors

RAW..

 

Des hommes ont réussi à faire croire à d’autres pendant des milliers d’années que leurs organes génitaux devaient être cachés, que c’était mal de  montrer ou de regarder ces parties honteuses, des gens qui se prétendent athées et intellectuellement supérieurs continuent de laisser ces idées diriger, emprisonner leur vie.  C’est un détail, à bien des égards le monde des hommes m’est insupportable et j’aimerais ne plus jamais le revoir.

Tes chevilles sur mes épaules, tes chevilles ou celles d’un autre, le sexe nous offre un instant d’oubli. Il abolit les classes, les uniformes, les barrières. Quelle importance que nous n’ayons rien à nous dire ? Le sexe nous offre quelque chose à partager, il nous réunit.  Tes chevilles sur mes épaules, tes chevilles ou celles d’un autre, le reste n’a que peu d’importance.  Je n’ai pas d’autre objectif que de te faire gémir encore. Je veux laisser mon cerveau au vestiaire, le plus possible, je veux n’être que l’animal. Sur 34 ans de vie j’en ai passé dix à dormir mais combien à baiser, à me masturber, à chercher du sexe ou à y penser ?  Les hommes n’ont que ça en tête, je n’ai aucun mal à le croire et si c’est différent pour les femmes,  ces créatures obscures,  à quoi diable occupent-elles donc leur esprit ???

Laisse tes chevilles sur mes épaules, « ne fais pas ces yeux furibonds », nous espérions un transport amoureux mais … pouvons nous prétendre à une fusion plus remarquable que nos deux corps enchevêtrés, que ces mouvements improvisés dignes d’une chorégraphie ?  Tout coule de source entre nous, c’est notre part d’osmose.

Le Fluide (3)

Mardi, en rentrant de la banque, je dépose un billet de cinq euros sur ma table à l’attention de Christophe mais quand il n’est toujours pas là à 19h, je me résouds à le ranger dans mon portefeuille. Il n’a même pas daigné me prévenir qu’il ne viendrait pas, je me sens minable. Ai-je donc si peu de valeur que je ne mérite pas la moindre considération ?! Je ne sais pas ce qu’ils ont, tous, à me faire faux bond, quel est ce problème chez moi qui m’empêche d’avoir des relations normales avec les autres ? Je ressasse ces idées un moment, vautré sur mon lit puis je décide de me reprendre et de trouver quelqu’un avec qui passer la soirée. Hors de question de broyer du noir jusqu’à la lie ! Et puis, Jacques aux abonnés absent, Christophe aussi, j’ai les hormones en ébullition.

J’attrape mon téléphone sur la table de nuit et je parcours le répertoire à la recherche de l’heureux élu qui ignore encore sa chance. Cyril, pourquoi pas ? C’est un gentil garçon et sexuellement, entre nous, c’est une osmose rare. Je sais que ça n’ira jamais plus loin, nous sommes aussi différents que la Terre et Jupiter, il n’est pas loin de m’ennuyer, et surtout, il se protège beaucoup trop de moi et sûrement des autres. Par exemple, nous nous sommes déjà vus trois fois, il a même dormi avec moi et il refuse toujours de me dire quel est son travail. Au fond, je m’en moque passionnément mais son silence aiguise ma curiosité et ça me dépasse qu’on puisse être aussi parano.

Avant de lui envoyer un message, je décide d’aller voir qui traîne sur MSN. Il me semble avoir entré dans mon répertoire des inconnus en quête de sexe qui racolaient sur pédéland.net et avec qui je n’ai pas encore eu l’occasion d’ «échanger». Cependant, à peine suis-je connecté que Cyril me salue. La Chance semble être à mes côtés mais il faut s’en méfier, ces derniers jours m’ont rappelé que la belle était cyclothymique. A vrai dire, je suis presque certain qu’il va décliner mon invitation mais quand je lui propose de passer chez moi dans la soirée, il accepte sans faire de manières et nous fixons un rendez-vous à 21h30.

J’envisage de me déconnecter rapidement pour qu’il nous reste des choses à nous dire de visu et conserver ainsi quelques semblants de civilités. Il ne m’en laisse pas l’occasion. Il a l’air d’avoir envie de parler, alors je lui tiens compagnie. La curiosité au sujet de son travail me titille à nouveau, je meurs d’envie qu’il me dise ce qu’il fait de ses journées, ce qui nous aiderait par ailleurs à entretenir une conversation digne de ce nom. Je lui tends une perche l’invitant à me l’apprendre enfin mais il esquive, comme à l’accoutumée. Intrépide, je lui affirme que je finirai par le découvrir et je lance des propositions en me basant sur le domaine qu’il a bien voulu me donner : la Justice, au sens large.

- Tu es agent de sécurité dans un supermarché ?

- Non

- Flic ?

- Non

- Avocat ?

- Non

- Juge de proximité ?

- Non

- Notaire ?

Cinq minutes de ce jeu et, évidemment, je parviens à le démasquer. Il travaille dans une prison et, maintenant que je le sais, je ne trouve pas grand-chose à dire sur le sujet, rien de suffisamment consensuel pour qu’il puisse l’entendre. J’essaie d’esquiver mon embarras avec une blague :

- Pourvu qu’on ne se croise jamais dans le cadre de ton travail.

Je pourrais arrêter là mais je me sens soudain d’humeur taquine.

- J’espère ne jamais retourner en prison.

A peine l‘ai-je écrit que je suis traversé par le léger frisson qui accompagne le flambeur de casino au début d’une nouvelle partie risquée. Moi, je me trouve drôle mais lui est si terre à terre, il se peut que je joue avec le feu. Après un court silence que je m’évertue à ne pas rompre, il demande :

- Tu as déjà fait de la prison ferme ?

Je ne peux m’empêcher de relancer.

- Seulement quelques mois.

- …

- …

- Et qu’est ce que tu avais fait ?

- On n’a jamais retrouvé le corps de mon ex… Ils n’avaient aucune preuve, j’ai fini par être acquitté en Appel.

C’est surréaliste mais derrière l’écran, je suis si bien dans mon texte que je le vis en même temps que je l’écris, comme si j’étais acteur dans une série américaine quelque peu convenue. Cependant, mon interlocuteur reste silencieux. Alors, malgré l’envie de m’amuser encore, je lui envoie un bonhomme jaune puis je m’exclame :

- Non, bien sûr, je plaisante !!!

Malheureusement, je n’ai pas le temps d’accentuer mes propos avec un « mdr » imbécile car mon ordinateur choisit ce paroxysme d’intensité dramatique pour s’éteindre brusquement.

(…)

Le Fluide (2)

Je suis si démoralisé que je me sens fatigué physiquement et peine à me concentrer pour me rappeler ce dont j’ai besoin. J’ai l’impression que mon indigence se voit sur mes vêtements, je me traîne, hagard, dans les allées du temple en évitant de croiser le regard des autres clients. En passant près des télés, je relève la tête et aperçois un couple absorbé dans la contemplation d’un écran plat géant. Ils semblent hypnotisés par les images qui défilent et ce bijou de la technologie, à n’en pas douter, représente la solution à tous leurs problèmes. Comment se sentir seul ou malheureux quand un Jean Pierre Pernaut deux fois plus grand que vous accapare votre attention et ce qui reste de vos méninges en trônant au milieu du salon ?

Dans le rayon des boissons, il y a tant de sodas différents et je suis si las que je n’arrive pas à faire un choix. Je reste planté devant l’étalage à essayer de retrouver mes esprits quand quelqu’un me fait sursauter en posant sa main sur mon épaule. C’est Christophe, un amant irrégulier que je n’ai pas vu depuis très longtemps. Après un quart d’heure d’une conversation pénible, à chercher mes mots puis à m’en vouloir de l’insipidité de ceux que j’ai trouvé, je me fais violence et lui demande si ça l’embête de me déposer chez moi après ses courses. Nous sommes voisins et c’est un gentil garçon, il accepte en souriant. Je le laisse aller faire la queue pour acheter son jambon et je pars remplir mon panier de quelques victuailles. Je me dis que la présence de ce garçon n’est pas un hasard, que ça doit être un coup de pouce de mon ange gardien. Je n’aurais pas à marcher trois quarts d’heure sous la pluie en portant mes paquets à bout de bras, la chance est toujours avec moi, finalement.

Dans la voiture, mon chauffeur m’offre une cigarette que je fume en tirant de grosses bouffées. Il me dit que je n’ai pas l’air d’aller très fort et je lui raconte mes petites misères, celles qui sont racontables, les soucis financiers loin de la métaphysique. J’évoque ma difficulté à joindre les deux bouts avec le RMI et ça a l’air de lui parler.

- C’est pour ne pas être comme toi que j’ai décidé de commencer une formation. Enfin, comme toi … je veux dire : dans ta situation.

Je me sens mal, je n’ai rien d’enviable, évidemment, mais ce n’est pas l’image que je veux donner. J’essaie d’orienter la conversation sur mes projets, c’est peine perdue, ce soir je n’y crois pas vraiment et mentir n’est pas mon fort. Je me décompose sur mon siège sans parvenir à donner un sens cohérent à mes phrases.

- Tu vas t’en sortir, Joaquim.

Sa bienveillance a toujours le don de me surprendre. Il a l’air de penser ce qu’il dit et c’est pour ce genre de phrases, pour la conviction gentille qu’il tente d’insuffler à ses mots que j’ai de l’affection pour lui malgré notre disparité. J’aurais bien passé un moment avec lui ce soir si Jacques ne devait me rendre visite, je crois que j’aurais même préféré sa compagnie. Quand nous sommes arrivés en bas de chez moi, je lui demande une cigarette « pour la route ». Il m’en donne trois et me propose :

- Si tu veux, je passe te voir demain et je t’amène un paquet de clopes, tu me le rendras plus tard.

- Non, je te remercie, Christophe, mais ce n’est pas nécessaire, demain le RMI sera sur mon compte. Par contre, rien ne t’empêche de passer, ce sera un plaisir …

J’ébauche un sourire et je commence à sortir de la voiture mais à peine suis-je dehors que je repense à mon ange gardien. Après tout, peut-être que je dois saisir cette opportunité jusqu’au bout, ne pas refuser ma chance, peut-être que Christophe est sur ma route pour cette raison ? Je me rassois.

- En fait, si tu veux bien, tu m’achètes un paquet de tabac maintenant et je te le rends demain …

- Pas de problème. Enfin … je te donne l’argent, tu iras au tabac sans moi.

Je me sens extrêmement mal à l’aise, j’ai l’impression d’être un mendiant, une pute ou un mélange des deux. Pendant qu’il sort son porte-monnaie, je trifouille mon cellulaire pour me donner une contenance. Quand il me tend un billet, j’essaie de le faire disparaitre dans ma main le plus rapidement possible, lui ne cesse de sourire comme s’il voulait rendre les choses plus faciles.

- Je te remercie beaucoup Christophe, tu m’enlèves une épine du pied. Demain, tu viens à quelle heure ?

- 18h00, après ma formation si ça te va.

- Ok ça marche. Tu viens, c’est sûr ?!

- Oui, c’est sûr.

Je lui donne mon nouveau numéro de téléphone en lui faisant promettre de ne pas me faire attendre pour rien – il est gentil mais je commence à le connaître – puis je monte mes paquets, les dépose par terre et file au bureau de tabac sans avoir pris le temps de les défaire. Je fume deux cigarettes d’affilée dès que je suis rentré avant d’aller prendre une douche et de me souvenir de mon patch en le découvrant collé sur ma cuisse. Je le jette à la poubelle puis entre dans la cabine quand mon cellulaire se met à sonner. C’est Jacques qui m’appelle pour me dire qu’il ne viendra pas et exposer d’obscures raisons à cette désaffection. Je lui en veux un peu de me prévenir si tard, je le lui dis sans perdre mon flegme, j’écourte la conversation et recommence à déprimer : ces histoires de chance, ce n’était sûrement que des foutaises.

(…)

 

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Nothing at all, un magnifique morceau de Rob Dougan :

 

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Le Fluide

Version Stick

Cher journal,

Je viens de passer quinze jours assez fascinants. Quinze jours à cueillir des fleurs sur le côté de ma route, celles qui dépassent des épines, en tendant simplement la main. C’est comme s’il me suffisait de reconnaître ma chance et de me nager avec le courant pour trouver tout ce dont j’ai besoin sur le moment. J’appelle ça le Fluide de la vie. Ils avaient raison quand ils me disaient qu’en souriant à la vie, la vie me sourirait, que si je pensais positif il m’arriverait des choses positives. Certains, le côté sombre, rétorqueraient qu’il ne s’est rien passé de si grandiose, finalement. Je n’ai pas gagné au loto, j’ai reçu des réponses négatives dans le domaine professionnel, je n’ai pas quitté la ville Satan,… Non, c’est autre chose, c’est magique et c’est simple. Ce sont des coups de téléphone qui tombent au bon moment, des inconnus qui répondent à des questions que je me posais en silence, des entrées gratuites distribuées quand je n’ai plus d’argent, des paquets de kleenex trouvées sur un banc le soir où je vais pleurer, des importuns qui s’effacent d’eux-mêmes, des défections qui amènent des rencontres, des pièces de monnaie qui brillent par terre quand je doute de ma chance, des opportunités, des bons moments, des idées neuves,… Pour te donner une métaphore de midinette, cher Journal, ce serait tomber malade pour être conduit à l’hôpital et soigné là bas par celui qui deviendra l’homme de ta vie. C’est ça, le Fluide, c’est un courant qui t’amène où tu dois aller, pour peu que tu décides de le suivre jusqu’au bout. C’est simple comme respirer.

Le Fluide derrière, le Fluide devant, et moi dedans.

Version 100′s

 

A ceux qui s’acharnent à briller dans la nuit, à tout ce qu’on apprend les soirs de pluie

Lundi, Jacques doit passer chez moi à 21h.

Dans l’après-midi, je suis complètement déprimé par la séance de mon bilan de compétences. La sentence des tests n’a pourtant rien de nouveau : je réfléchis trop et je manque de confiance en moi. Bien dressé, je demande à la gentille psychologue si elle a des relations dans le milieu psychiatrique de la ville vomi qui pourraient m’aider à m’améliorer. Dans un tas de papier fiché entre les pages de son agenda, elle trouve la carte de visite d’un psycho-sophrologue spécialisé dans la programmation neuro-linguistique que je ne pourrai jamais rencontré par manque d’argent. Je note quand même ses coordonnées, scrupuleusement. On ne sait jamais et puis, la gentille psychologue m’aime bien, je veux qu’elle continue, j’en mourrais si je devais lui déplaire.

Sur le chemin du retour, j’allume la dernière cigarette que j’ai réussi à tirer de mon paquet de tabac. Il aurait mieux valu attendre le soir pour fumer ce qui restait; en ayant lancé la machine dès le matin, la soirée sans volutes s’annonce difficile. Chez moi, je me colle un patch sur la cuisse et, tandis que je fais un peu de ménage pour rendre mon studio présentable à des yeux étrangers, je suce des pastilles de nicotine les unes après les autres. Ca ne fait pas le même effet qu’une cigarette, c’est comme vouloir remplacer un festin dans un bon restaurant par une gélule multicolore.

Je fouille les poches de tous mes pantalons à la recherche d’un billet que j’aurais pu y oublier mais je ne trouve que de vieux mouchoirs ratatinés. Vers dix-neuf heures, je décide d’aller faire quelques courses pour pouvoir offrir à Jacques autre chose à boire qu’un verre d’eau. Au moins, les supermarchés, eux, ne refusent pas encore les chèques et, chaque fin de mois, quand la situation a dépassé le seuil critique, je mets à profit les quelques jours nécessaires à l’encaissement du morceau de papier pour manger à crédit. Malheureusement, il semble qu’aucun bureau de tabac dans la ville Satan n’accepte encore ce moyen de paiement. Dehors, je trouverais peut-être le courage de demander à un promeneur de me dépanner d’une cigarette.

Cependant, je suis si mal dans ma peau que j’ai l’impression que tout le monde m’en veut, que derrière le bruit de fond de mon lecteur Mp3, tous ceux que je croise se moquent de moi et je suis bien incapable de parler à un inconnu. J’essaie de retrouver le rêve que je faisais hier en me promenant sur la même rive, j’y mets toutes mes forces. Au cours d’une discussion au téléphone avec Louis, j’avais décidé de lui envoyer mon Curriculum Vitae afin qu’il le traduise en espagnol et le transmette à une de ces connaissances madrilènes relativement influente. Ensuite, j’étais sorti prendre l’air et je marchais sur ce sentier des bords de Vienne comme si j’avais déambulé sur les trottoirs de Madrid. En essayant de ne pas trop y croire, je m’inventais un nouveau futur hypothétique, encore plus alléchant que le précédent, riche de rencontres, de vie, de possibilités et de « Je t’emmerde !!! » à l’attention de tous ceux, pour la plupart imaginaires, qui pensaient que j’allais crever ici sans la moindre élégance.

Ce soir, je ne parviens pas à m’évader, la gentille psychologue m’a foutu en l’air avec la vision dénuée d’espoir que ses tests ont de moi. Je suis presque aux portes du supermarché quand le ciel se met à pleurer sur mes épaules. J’étais déjà découragé par la perspective de rentrer à pieds les bras chargés de sacs mais sous la pluie, le retour s’annonce encore plus déplaisant.

(…)

Des coups du sort

 

nazareth.jpg

 

A ne plus s’exposer qu’à des lumières indigentes, le coeur étouffe d’amertume.

Les souillures jamais ne capitulent, les yeux débordent et les corbeaux chantent.

J’ondule dans l’ombre devant des silhouettes déformées par les coups, qui supplient du regard qu’on les piétine encore.

Dieu vit sur les collines d’Hollywood dans un manoir anglais. Tous les jours, même le dimanche, il chie des programmes en haute définition pour les cochons fébriles.

O soleil écoute moi, je te promets la lune. Je sais fusiller l’ennui, je parle comme je marche, je désarme les silences.

Baise-moi, remplis-moi d’autre chose. Fais disparaitre le gouffre d’un coup de baguette agile.

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