Archives pour la catégorie Le fluide

Un taliban chez les Cataractes


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- Quand je marche vite, je me sens vivant

- …Tu as changé Joaquim …

Chinma prend une mine de dégout pour lancer cette sentence. Je lui rétorque que je n’avais signé aucun contrat d’exclusivité avec la désespérance… Il m’emmerde. Je me sens vivant quand je marche vite, j’ai quand même le droit de le dire ! Par exemple, juste avant de prendre cette photo, je marche dans la rue, très vite, et je suis beau, j’en suis sur. Je me sens incroyablement vivant. Je n’ai pas 32 ans. J’y réfléchis, je pense à ma manière d’être, à celle des hommes de cet âge et ce n’est pas possible. Je n’ai pas 30 ans, ni 25, ni même 20. J’en ai 10 et c’est tout. Je n’ai rien construit, c’est vrai et ça m’aide à me sentir vierge.

Hier, j’étais encore chez Elle et j’ai regardé la photo d’un de mes cousins, de deux ans mon cadet. Il avait l’air d’avoir quinze ans de plus que moi, j’ai été horrifié et j’ai couru chercher mes rides dans le miroir le plus proche. Vous comprenez, je n’ai rien contre les quadras, les quinquas, les sexas, etcetera, au contraire ! C’est juste que ce type a 2 ans de moins que moi et que j’aimerais comprendre comment il en est arrivé là, pourquoi cette inégalité et aussi parce que j’ai très peur que mon image décline. Peut-être avait-il l’air si décati parce qu’il avait son fils dans les bras, que le contraste le vieillissait ? Peut-être qu’une vie dissolue maintient jeune ?

Qu’importe, au final, moi je suis un enfant et quand un rat volant se pose sur le trottoir, je bondis à pied joint pour le surprendre. Il n’est pas très joueur, il fuit alors que j’aurais aimé qu’il me vole dans les plumes, qu’on s’amuse un peu au milieu de la rue, parmi les mines cataractes*. Je suis si seul. Je continue ma route et j’avance de plus en plus vite, j’ai envie de sautiller, la vitesse me grise, je redeviens un oiseau. Quand je marche solitaire, je ne supporte pas de flâner, ça m’angoisse, je vais mourir si je ralentis. Et puis, je lève les yeux pour regarder l’horloge de la gare et je vois cette image…

J’ai peur de ne pas très bien savoir vous expliquer pourquoi dans cet aujourd’hui, il y a eu un avant et un après cette photo. Le temps, le temps dans tous les sens du terme. J’ai pris cette photo (dans la gueule) et comme je reprenais la route, j’y ai jeté un œil. Elle n’était pas cadrée comme je voulais, j’ai donc fait demi-tour pour la corriger. Mais …. Ce n’était pas possible. Non seulement je ne retrouvais pas l’endroit et la position exacte où j’avais rencontré l’image qui me plaisait – j’avais beau bougé mon portable, rien n’y faisait- mais surtout l’heure n’était déjà plus la même. Il me semblait qu’il y avait de plus en plus de nuages autour de cette horloge, qu’elle devenait menaçante et me pointait de l’aiguille en hurlant :

- Hérésie, hérésie !!!

J’ai rangé l’appareil et j’ai fui. Pendant cinq bonnes minutes, je me suis senti angoissé, comme si ma tête était restée dans ces nuages. Et là, c’est à croire qu’il est finalement vrai que quand vous pensez négatif, il vous arrive du négatif car pendant ces quelques minutes, le monde est devenu hostile. Ce n’était pas grand-chose mais il y a d’abord eu ce garçon odieux que j’espérais ne jamais revoir et dont une œillade insistante sur le trottoir d’en face a suffit à me rendre mal à l’aise. Ensuite, j’ai croisé un type à la peau encore plus basanée que la mienne qui m’a regardé en lançant :

- Attention, attention, Ben Laden !

Ca m’a déstabilisé, d’autant plus que la dernière pique que quelqu’un que j’ai connu avait dégoté pour me faire mal était de me dire que j’avais l’air d’un taliban. Je me suis interrogé, est-ce que les gens manquent tant d’originalité que tous ont les mêmes références ? Est-ce qu’on n’a plus le droit d’être bronzé et barbu à la fois? Est-ce que la fashion est la seule chose à retenir de ce mouvement ? Enfin est-ce que beaucoup de gens me prennent pour un terroriste dans les rayons de Géant Casino ?

Alors, toujours charitable, j’ai finalement décidé de mettre ma bobine à l’affiche sur cette page pour que vous puissiez reluire dans vos diners en disant à vos amis, émerveillés par tant d’exotisme, que vous, vous lisez le blog d’un terroriste islamiste ! Tel Saint Christophe, vous l’aurez vu de vos propres yeux.

 

* je me rends compte qu’on pourrait penser qu’avec cette expression je fais allusion à une couleur de peau alors que je m’attarde (encore une fois) sur l’état d’esprit des habitants de la ville cendres.

The Cure, Kyoto song

 

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 » If only I was sure

That my head on the door

is a dream « 

Résolutions

 

 » (…) Il y’a des millions de couples qui ont bâti leur relation à force de volonté et de petites renonciations partagées. Il y’a des millions d’êtres qui n’exigent pas de la personne qui est à leur côté cent pour cent de compatibilité et de goûts communs. C’est le désir de perfection qui tue les affects, la soif d’absolu, la peur de l’habitude, la perpétuelle nostalgie de l’impossible, le refus permanent de nous accepter comme nous sommes et d’accepter les autres tels qu’ils sont. Quand on ne se comprend pas soi-même il est impossible de comprendre que les autres vous aiment. Mais le temps ne nous laisse que deux options : assumer ce que nous sommes ou abandonner. Et si nous n’abandonnons pas, si nous décidons de rester sur cette planète minuscule et de pactiser avec notre vie encore plus minuscule nous pouvons interpréter cette résignation comme une défaite ou comme un triomphe. (…)

Je n’aspire plus aux grands feux. J’espère simplement renaître de mes cendres et jouir de quelques braises de passions, cette source intermittente de chaleur que sont les gestes familiers, les années d’expérience, la chaleur des lèvres connues et la sérénité de tant de jours puisée dans des yeux où ne brille ni l’anxiété ni le désir ; une douceur liée à la routine même, au poids des sentiments assumé, tandis que flue la fatigue, l’étrange indifférence devant ce que nous avons fait. La paix en somme. Ou l’amour (…) »

Lucia Etxebarria, Beatriz et les corps célestes

Programme de la soirée : rester belle en toutes circonstances

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