Killer Nina

 

Image de prévisualisation YouTube

Adamski & Nina Hagen, Killer



Grand déballage et fureur cosmique

 

Ce sera une journée ordinaire. Après un jeûne de quelques jours, je marcherai jusqu’à un supermarché, j’achèterai des kilos de fruits, ma version personnelle du pain quotidien mais je ne mangerai pas avant de redescendre. D’abord je passerai par Jardibouiboui et pendant que je lui tends mes paquets d’ipomées, j’essaierai de sourire à la caissière. Ça ressemblera à un rictus. Évidemment. Vous avez vu la gueule des gens d’ici ? On ne sourit pas dans cette ville de merde, on vous lâcherait les chiens. Malgré tout, je serai poli au possible, presque mielleux, pour peu qu’on soit correct avec moi, je ne partirai pas sans avoir souhaité une bonne journée à tous ceux avec qui j’entre en contact. Je mélangerai des champignons à mes graines si j’en ai envie. Je les pousserai avec de l’eau d’Amaroli et un peu de citron si bon me chante.

 Je vous emmerde, je me torche avec vos programmes télé puis je me poudre les fesses avec vos « chems », bande de cons. Arrivé au sommet, quand je serai nu, pelé jusqu’au trognon, les yeux ouverts au bord de l’explosion, les pupilles plus dilatées que vos culs sous poppers, je pleurerai ma race. Sous un stroboscope de couleurs criardes, pendant que ma tête tourne sur elle-même comme une toupie hystérique, je me rappellerai que vous êtes plus stupides que vraiment méchants. Je découvrirai peut-être que je suis comme vous et c’est le moment où il me faudra faire montre d’une force inhumaine pour ne pas aller me trancher les veines dans la baignoire.

 Tous les sons exacerbés de cet immeuble sordide viendront me torturer, la souffrance de la ville entière deviendra mienne. Dans le noir, sur mon lit, je me tournerai dans une position puis dans une autre sans jamais trouver le confort. J’aurai chaud puis j’aurai froid et des flashes intermittents me révéleront l’insecte que je suis devenu. Le monstre que vous avez fait de moi ! Recroquevillé sur lui-même, sur la défensive, couvert de plaies et de bleus, meurtri sans répit. Je l’entendrai gémir dans sa langue immortelle, si étrangère qu’elle en est terrifiante. Les horreurs du passé remonteront une à une à une vitesse vertigineuse, menaçant de faire éclater en morceaux la digue que j’ai construite avec tant de peines. Je me demanderai pourquoi je recommence avec ces trucs, pourquoi je m’inflige ça en me promettant que c’est la dernière fois.

Si j’ai de la chance, j’arriverai à me lever sans vomir et à presser deux oranges, à respirer avec le ventre et je finirai par me calmer. Je danserai nu au milieu de la pièce sur des vagues de sons enivrants, je deviendrai le rythme et des cascades de couleurs chatoyantes pleuvront sur moi. Une grande âme viendra écouter mes questions, infuser les réponses en moi. Mon amie Azima chantera de sa belle voix de Kalanchoe et je rirai comme un con puis je pleurerai encore.

Je regarderai les poussières devenir des fourmis, les coussins m’observer, les lampes léviter et je pourrai sentir la terre tourner. Je sortirai de mon corps, j’irai au-delà des galaxies, où il n’y a plus de mot, plus de moi, où tout se rejoint. Rien n’est impossible, c’est mon expérience, ma putain de vie, j’en fais ce que j’en veux et je vous emmerde ! Ça m’appartient, personne ne me dira comment je dois vivre ça. Je n’ai pas de leçon à recevoir de paumés comme vous, vous qui n’avez même pas le courage de regarder vos chaînes. J’espère que vous vous étoufferez avec vos hamburgers de carne carbonisée et que vous reviendrez visiter l’enfer que vous créez, emprisonné dans le corps d’un de ces animaux sur lesquels on teste votre vomi.

 

 



Fol espoir

La route est longue, boueuse, inhospitalière et indocile. Le voyage se fait de nuit, aux heures les plus froides, quand le brouillard se mêle au givre. Les grillons ne chantent plus, ils sont tous fous. Les fossés sont remplis des déchets toxiques d’un empire industriel dont personne ne peut se rappeler ni le nom ni la substance.

J’ai aperçu un enfant qui cherchait des cafards. J’avais faim, moi aussi et je me suis demandé avec effroi combien de temps les pauvres chairs de son petit corps me permettraient de tenir.

Il va mourir, de toute façon. IL VA MOURIR. N’est-ce pas évident ? Tu lui rendrais service. Et à toi aussi.

Je suis tellement fatigué que j’oublie de plus en plus souvent où mène cette route et ce que je peux bien faire là. Je me réveille de mes absences assis ou couché sur le sol et malgré tous ces mois d’errance à l’agonie, mon premier réflexe est encore de chercher l’heure à mon poignet.

EST-CE QUE JE L’AI TUÉ ??

Non, je ne suis pas un tueur, pas du tout. Je suis plutôt une gentille personne, je suis la plus gentille personne que je connais. Il était si effrayé qu’il n’arrivait plus à dormir. Je l’ai bercé dans mes bras puis je l’ai aidé à retrouver son chemin. J’ai fait ce que j’ai pu. Comme toujours.

Je me souviens, je suis sur la route de Saint-Nazaire ! Les dernières personnes encore saines d’esprit avec qui j’ai parlées avaient entendu dire qu’on y trouve des bateaux qui vont jusqu’au sud des Amériques. Il paraît que là bas ils n’ont pas été touchés, que tout est comme avant.

Comme avant.

Je suis un gentil garçon. Je n’étouffe pas les enfants après qu’ils m’aient accordé assez de leur confiance pour s’assoupir à mes côtés. J’essaie d’aider les autres. Je mérite une autre chance. Quand je serai enfin à Buenos Aires, je reconstruirai ma vie. Je rencontrerai peut-être une jolie muchacha, je trouverai un travail et une maison. Je ne penserai plus à manger des enfants.

Pour l’heure, je vais faire un feu de camp avec de vieux habits, de la terre et des cartons puis je m’allongerai pour contempler la lune. C’est la même qu’on voit de Buenos Aires. Sauf qu’elle y est plus belle, je le sais. Tout s’illumine quand on le regarde avec sérénité.

Ce soir, même la faim m’a quitté. C’est sûrement ce qui arrive après un long jeûne. J’ai un peu mal au crane et mes oreilles bourdonnent. Il m’a semblé entendre une meute de chiens au loin. Est-ce que je vais mourir cette nuit ?? Non, Dieu ne le permettrait pas. Je ne mérite pas ça, je suis quelqu’un de bien. On n’en fait plus des comme moi. En fait, il se pourrait même qu’on n’en ait jamais fait.

Buenos Aires, je serai là très bientôt. Le vent est incertain et la route meurtrière mais je garde le sourire, je crois en toi.



Le retour de Marie-Jeanne

Je n’ai pas menti, je ne mens pas, je me suis emporté, je suis comme ça. J’étais une nouvelle personne. J’avais laissé ma dépouille derrière moi. Je filais sur l’autoroute, à 230[1] au moins, direction « les hauteurs » et je regardais le cirque se réduire au rétro sans le moindre regret. Puis, j’ai croisé Marie-Jeanne, toute sourire, qui rentrait de ses vacances dans une camionnette rose bonbon. Le soleil, invisible auparavant, semblait étinceler depuis sa carrosserie. Quand nos regards se sont trouvés, elle a poussé un cri en me faisant un signe de la main. J’ai pris la première sortie et je l’ai rattrapée.

Pendant presque deux mois, nous ne sommes plus quittés. Dans ses bagages, elle avait ramené l’inspiration, « un cadeau des tropiques » et nous tracions ensemble des lignes incandescentes sur le noir de ma vie. Elle avait tout recouvert chez moi d’un voile de merveilleux, s’était donnée pour mission de m’ouvrir à mon intuition. Elle inventait sans cesse de nouveaux parfums dont elle remplissait les pièces avec minutie. Chaque jour, nous marchions au bord de la rivière main dans la main. Là, sur un banc, les yeux dans l’eau, nous dessinions des bateaux qui nous mènent à bon port. Le ciel en pleurait de nous voir si beaux mais nous n’étions pas touchés, un cortège d’oiseaux-parapluie nous protégeait des gouttes. Quand nous étions las, nous rentrions pour chanter des balades comme des cigales anémiques. Elle disait que toutes les fourmis du monde n’avaient qu’à s’écraser ou qu’elle s’en chargerait. Le soir tombé, elle venait me border, posait son doux sourire sur mon front en murmurant des « mon chaton ». Quand je me réveillais, je la laissais se reposer mais je ne pensais qu’à elle. Je l’attendais, je la voulais.

Pourtant, quand nous sommes devenus routine, il y avait comme un goût de rance dans les fruits de ma passion. Rester près d’elle était tout ce qui me restait d’une motivation mais je n’en comprenais plus la raison. Sa compagnie accentuait la solitude et l’avenir devenait morose. Elle ne laissait de place pour rien ni personne d’autre. Quand j’avais de la visite, il fallait qu’elle soit là. Couchée dans mon lit, entre un garçon et moi, elle me soufflait des scénarios lubriques mais finissait par m’épuiser pour m’avoir tout entier. Elle jurait qu’en le croisant près de ma boîte aux lettres, elle avait lu la haine dans les yeux du voisin. Elle était certaine que quelqu’un nous épiait derrière les buissons. Elle voulait barricader les portes, condamner les fenêtres et couper le téléphone.

« Tu écriras plus tard ! On s’en fout de la vaisselle. Brûle ce fichu courrier et dansons encore ! Profitons-en avant que la foule ne nous condamne au bûcher pour excès d’enthousiasme. »

Je devenais son chien et j’aimerais vous dire que c’est pour être un homme que je l’ai jetée dehors mais c’est elle qui est partie et son sourire me manque. Il y a presque un quart de siècle que je l’aime, elle n’est pas parfaite mais je finis toujours par tout lui pardonner, comment faire autrement ? Elle sait tromper les souffrances, c’est un cadeau de la Providence. Elle jette des couleurs dans la nuit et tapisse le vide avec des étoiles. Elle brille, elle brûle, elle tutoie les dieux comme les diables. Elle réveille les poètes, danse avec les chamanes. Ses pouvoirs sont si grands qu’elle nous enterra tous et déjouera la grisaille en fleurissant nos tombes. Elle est plus forte que moi et quand elle reviendra, dans un an ou dans dix, mes bras seront grand ouverts pour qu’elle me crucifie.

 

 

[1] Tout ça est de la prose (je ne sais même pas conduire), pas une invitation à dépasser les limitations légales. Merci pour les hérissons

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube
Alanis Morissette, Mary Jane


Et la lumière fut dans la caverne aux merveilles

Dans le doute et les angoisses, ma vie s’était perdue. Je croyais que j’étais monstrueux parce que je ne me retrouvais chez personne. J’ai tellement essayé de partager les passions des autres, j’ai fait semblant, toujours. Différent n’est pas inférieur. Si j’avais été supérieur, j’aurais certainement compris ça tout de suite. Cependant, je ne suis pas loin d’être la plus jolie personne que j’ai rencontrée jusqu’ici, je l’ai réalisé la semaine dernière. Dans sa voiture, pendant que je le confessais, Daniel n’a rien dit, il a souri. Il y a toujours en moi la voix des moribonds qui m’accuse : « complexe de supériorité désordonné » mais quoi ? Ou qui ? Bien sûr, il existe des gens plus accomplis, ils sont sûrement nombreux mais ils ne sont pas sur ma route. M’ont-ils abandonné ?   Est-ce une épreuve ? Depuis le premier cri, je crois, je me suis senti seul. Daniel répondrait que c’est bien ce qu’on est, seul, du début à la fin et même encore après. Je veux dire : seul, comme appartenant à une autre espèce, ne trouvant pas de semblables.

Devenir végétalien a été un cataclysme dans ma vie. C’était un sacrifice désintéressé, quelque chose de profond et définitif, un engagement avec moi-même qui m’a fait me sentir beau pour la première fois. A la même période, j’ai trouvé refuge en une vieille passion, les « expériences de mort imminente ». Elles semblent démontrer une vie après la vie et depuis quelques années, quand je me sens trop proche du gouffre, regarder des vidéos sur le sujet m’aide énormément. Cette fois j’ai lu des dizaines de témoignages puis j’ai enfin trouvé les livres et les informations dont mon esprit avait besoin pour avancer. J’ai dévoré des pages et des pages. Toujours au même moment, mon intuition était moins bloquée sous le fouillis, elle s’est faite plus présente jusqu’à des extases « pythiques » lors de soirées fumettes. Mon âme s’est soudainement ouverte à la métamorphose. Je crois que j’ai commencé à devenir moi et à voir la vie et les autres comme ils sont. Je me suis brouillé avec le peu de personnes qui peuplaient mon existence. J’ai vécu une soirée « biblique » ou une nouvelle Jézabel m’humiliait des heures durant, lançait des piques empoisonnées sur mon végétarisme, se moquait d’animaux morts avec ses autres convives tout en me passant un énième plat de viande. J’ai surpris en mon être une force insoupçonnée. J’ai traversé des nuits supranormales, des insomnies arides. J’ai accouché d’un nouveau moi dans une affliction inhumaine.

La plus grande terreur que j’ai éprouvée au cours de mon existence c’était face à l’idée que ce que nous sommes s’arrête avec la mort de notre corps. Jamais, depuis l’enfance, je ne me suis senti être cette enveloppe, j’ai toujours pensé que j’en étais prisonnier. Celui qui vit cette expérience, la vie, est celui qui peut l’appréhender, sans moi mon corps n’est qu’un véhicule de chair stupide et vain. Imaginer que quand nous mourons, l’esprit s’éteint définitivement, plonge dans le néant, que rien n’en reste, que tout ça, autour de nous n’a aucun sens, qu’il n’y a pas de raison, pas de justice est une idée absolument abominable, proche du vertige métaphysique. Les « expériences de mort imminente » étaient le levier de mon besoin de justification cartésienne, ce qui m’autorisait à envisager sérieusement une persistance de la conscience. Si même des scientifiques étaient forcés d’avouer le trouble, ça méritait question. Comment, des médecins n’ont pas d’autres choix qu’admettre que certains de leurs patients n’étaient pas en mesure d’écouter les conversations qu’ils ont pourtant rapportées par la suite, c’était impossible puisqu’ils étaient cliniquement morts et que leurs corps étaient dans une autre pièce, trop loin de la scène ?  Comment tous ces gens de civilisations différentes, du passé comme du présent pourraient-ils vivre et décrire la même expérience dans les grandes lignes, sans se connaître, sans avoir eu vent auparavant de témoignages similaires, si cette expérience n’était une réalité ? Ça, mes amis, c’est le début de la route que je cherchais. C’est la porte ouverte de la caverne aux merveilles. C’est le moment ou la vie devient intéressante, acceptable et légitime. Que la Lumière fut réellement ou qu’elle ne soit qu’un fantasme pour tous les gens qu’ils l’ont rencontrée, elle m’a aidé à avancer, c’est elle qui m’a porté. Je lui dois tout.

PS : Ne nous méprenons pas, je vomis toujours l’ensemble des religions, c’est la meilleure formulation que je puisse en faire et c’est parti pour durer. Mon chemin est singulier.

 

Image de prévisualisation YouTube


Ma superbe

Le fluide s’est répandu en moi. La victime-comédie soudainement dévoilée ne m’a plus inspiré que du mépris. Je ne pourrai me contenter de la mesquinerie de ceux que j’avais pris pour mes semblables. Je m’appelle Liberté. Je rayonne. Par les portes, les fenêtres, les trous de souris, les points-virgules, je me ferai des passages. La lumière ne s’éteint jamais que dans les âmes. La mienne est inondée.



Providence ensorcelée

Prétendre que les oiseaux s’endorment, comme ça, tout seuls, un matin d’hiver c’est prendre mes lanternes pour des fantassins en balade ! Je sais ce qui s’est passé. Il l’a assassiné, mon seul espoir. Dans la cage qu’il lui avait offerte, il l’a étouffé jusqu’au dernier souffle. Mais les guerriers ne posent pas les armes, ils les lustrent devant la cheminée, tout au plus.



Antigone Desiderata

En laissant mon âme au vestiaire, j’ai abandonné mon futur aux firmaments. Mars aurait dû sonner, Diane ressusciter, Jupiter s’en moquait. Je n’ai pas touché l’épée de glace, je n’ai pas mérité le givre et la flagellation par les grêles. Frêle, certes, était l’espoir. J’ai trahi ce que j’étais et les montagnes ont cédé.  La tornade s’est posée au-dessus de ma tête comme un troisième œil en furie ! J’ai eu beau crier grâce, rien n’a répondu. J’ai pleuré, ça je ne peux le cacher. J’ai versé des larmes de sang et de lave. Il a pourtant fallu réanimer les braises la nuit durant, comme un fou pour Carnaval. Les mots sont la seule arme que j’ai jamais trouvée. Je survivrai à tout ce qui se présente comme je l’ai toujours fait.



Musique, Maestro

Demain ou un autre jour, ça n’a pas d’importance, Je serai là, je te regarderai, je te jugerai. Ce-soir-là, il n’y aura pas de doute sur les mensonges, les trahisons et les coupables. Je n’offrirai plus rien aux vendeurs de bijoux volés pour amour propre rafistolé. Je serai libre. Dans le vent. Encore.



La ruine des voleurs

Leçon un

Devant le mur de Pierre, la ruine des voleurs, je n’ai rien demandé. Les sirènes n’ont pas chanté, la nuit a continué, juste lui qui maugréait. Je ne suis pas fini : petite fusée dans l’éternité, ma route ne s’arrête jamais.



 

Si c'est ailleurs ,c'est ici. |
Histoire et fiction - 11ème... |
Critica |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dolunay
| "Le Dernier Carré"
| Les terres arides de l'isol...